Rechercher

L'ombre

Mis à jour : 22 févr 2019



Ce monde est étrange... Rempli de beauté et de lumière mais aussi de beaucoup d'ombre. Aujourd'hui, je voudrais vous parler de cette ombre.


Bien sûr, il y a toute cette ombre que nous pouvons tous voir, pour autant soit peu que nous levions la tête et regardions autour de nous, l'allure que la vie a prise ici-bas. Les scènes politique et économique sont teintées de couleurs ternes, allant du gis-beige au noir très profond, selon le lieu où vous vivez. C'est une réalité à laquelle il faut donner place. Pas toute la place, mais quand même. Sans tomber dans un pessimisme outrancier, il faut voir les choses telles qu'elles sont, si nous voulons être en mesure de nous situer dans tout ceci, de voir quelle est la part de couleur que nous voulons ou pouvons apporter à ce qui nous entoure. Il faut être en mesure de voir que les gens qui composent la société sont au prise avec un système économique et politique pesant de plus en plus lourd sur leurs épaules, sur nos épaules puisque nous faisons partie de cette société, que nous le voulions ou non, et nous devons nous questionner sur l'endroit où nous nous situons dans tout ce système.


Où est notre place dans toute cette frénésie de consommation, de vitesse, de performance et cette quête vers quelque chose qui nous apparaît de plus en plus intangible et inaccessible, que nous n'arrivons même plus à définir avec précision. Est-ce le bonheur, l'aventure ou ce dernier courant à la mode: L'expérience...? Cette expérience qu'on tente maintenant de mettre en bouteille et nous vendre de toutes sortes de façons. Partout on nous invite à "vivre une expérience" parce que nous ne pouvons plus vendre de la sécurité ou de la stabilité dans ce monde où tout bouge et va de plus en plus vite et où le pouvoir économique a pris le pas sur le pouvoir politique. Que reste-t-il du pouvoir social et surtout, que nous reste-t-il comme individu comme pouvoir pour changer ce monde?


Regardons un peu autour de nous. Que ce soit en achetant le dernier parfum à la mode ou un simple café latte grande, on vous ne vous invite plus à vous parfumer ou boire un café, on vous invite à vivre une expérience. Le dernier restaurant à la mode n'est plus un lieu où se rencontrer en famille ou entre amis, c'est un lieu où vous allez vivre une expérience culinaire, comme si le fait de se retrouver ensemble ne suffisait plus à nous combler... Voyager n'est plus s'immerger dans une autre culture ou faire de belles rencontres avec des lieux et des gens vivant une réalité différente de la nôtre. Non, on nous vends maintenant des expériences, à coups d'excursions au bout de monde ou au bout de nous-même, selon notre inclinaison du moment. Ce n'est plus la rencontre avec l'autre, c'est l'excitation de nos sens et l'assouvissement de notre désir de se fuir nous-même, d'oublier ce vide intérieur, qui n'est pas réellement un vide, mais quelque chose rempli d'ombre, là aussi. Et pour ceux qui commencent à prendre conscience de ce fait, encore là, nous tombons vite à la rencontre de propositions de toutes sortes pour vivre une expérience avec nous-même, plutôt que de simplement nous amener à la rencontre de nous-même. Les propositions de retraites, de séminaires, la multiplication des livres et des ouvrages, quand ce ne sont pas carrément des techniques ou des méthodes pour nous délivrer de notre ombre intérieure, même sur le chemin spirituel, l'ombre économique a trouvé sa place pour nous faire vivre une expérience, comprenant bien avant nous qu'il y a toujours quelque désir inassouvi à exploiter chez l'humain. Ces ombres en nous, qu'il s'agisse de la peur, de l'angoisse, de l'anxiété, de la quête de soi, de sensations fortes ou d'une simple recherche de mieux-être dans un mal-être que nous sentons croître en nous, sont fort bien exploitées par ce pouvoir économique qui a trouvé la source de toute sa richesse: Nous, nos peurs et nos désirs.


Je parle ici de quelque chose que je connais bien... J'ai passé la première partie de ma vie à être nourrie par ce modèle de consommation, de vitesse et de quête de réalisation extérieure. Un jour, je me suis "éveillée" et de cet éveil a débuté un cheminement intérieur qui est fût récupérée habilement par cette ombre qui plane toujours autour et en-dedans. J'ai vécu des "expériences". Des "expériences" de consommation spirituelle bien sûr: retraites, livres, etc. mais des expériences intérieures surtout. De belles et de grandes expériences intérieures, enivrantes, exaltantes et parfois un peu troublantes également. Ces expériences m'ont fait réaliser qui je suis, là tout au fond de mon essence la plus profonde, au-delà de cette présence de calme et de paix intérieure qui émerge lorsqu'on s'éveille. Mais au final, ce sont des expériences tout simplement, et même si elles apportent des enseignements et des prises de conscience, la vie se vit ici et maintenant, pas dans un univers parallèle. Et ces expériences ne sont rien si elles ne débouchent pas sur une transformation intérieure durable et une transmission de ce qu'elles nous ont apportées, de la révélation qu'elles nous ont permis de faire sur nous-même. Ça c'est le premier piège. Le deuxième, et c'est là que se situe tout le côté ombrageux de ces expériences, c'est d'y rester piégé et d'en sortir n'est pas un exercice de tout repos, du moins en ce qui concerne mon expérience personnelle. Mais il existe un troisième piège, tout aussi ombrageux selon moi et c'est d'entraîner les autres dans votre sillon et de les émoustiller en étalant toutes vos expériences sans les supporter du but véritable de celles-ci qui est un enseignement d'abord et avant tout. Voyager dans la conscience peut être grisant il est vrai, mais c'est surtout un exercice pour vous permettre d'apporter un enseignement aux autres à mon sens. Sinon, cela demeure un exercice futile et surtout une sorte de fuite du travail qui est à faire ici-bas pour chacun de nous. Ne pas être conscient de cet aspect risque d'amener à vous un auditoire en quête de sensations fortes; d'expériences spirituelles. Vous devenez alors le véhicule de cette ombre, nourrissant les désirs de votre auditoire de vos propres expériences.


Plus j'avance sur ce chemin et plus je constate que la véritable expérience est, en faits, une absence totale d'expérience. Sinon, ce n'est qu'une manifestation de plus de l'ombre, de l'égo, des forces obscure, du malin comme certaines religions aiment à l'appeler ou appelez cela comme vous voulez, cela importe peu en autant que le sens vous parle. Car tout comme ce concept qu'on appelle Dieu peut prendre diverses appellations, il en est de même pour l'ombre.


La lumière, la vraie, elle se manifeste d'elle-même et la magie c'est de la voir opérer de vous à l'autre à votre plus grand étonnement, tout en étant absolument et totalement conscient, que tout cela est plus grand que vous et que vous n'êtes qu'un véhicule pour quelque chose de beaucoup plus grand que vous, qui vous dépasse totalement et que vous n'arriverez jamais à comprendre. C'est de vous abandonner à cette magie, en étant juste là, présent pour l'autre, totalement ouvert à lui, sans aucune volonté précise que de partager un peu de vous avec votre prochain, de lui faire du bien dans la conscience de vos limites en tant qu'humain parce que vous n'agissez pas, CELA agit et il faut savoir le voir. Quelqu'un m'a dit récemment que le véritable enseignant est celui qui n'est même pas conscient du pouvoir transformateur qu'il produit chez l'autre. Cela, au vu et au su d'autres évènements qui me sont arrivées récemment, me font voir que j'ai encore bien du chemin à faire, moi qui aspire avec toute la naïveté de celle qui se découvre une mission, à enseigner. Néanmoins, je vais persister en dépit des difficultés parce que je vois bien que l'ombre, elle est toujours là et elle guète, prête à vous rattraper dans le détour et que toujours, elle rôdera, c'est dans sa nature que de chercher un endroit où s'introduire.


Mais, et je crois que c'est le plus important, j'ai également compris que l'ombre n'est pas l'opposé de la lumière, elle est son complément, une réalité nécessaire pour permettre à la lumière de se révéler, chaque fois plus fort. Alors, je persiste à croire qu'il n'y a pas de bon ou de mauvais chemin et je m'accroche, parce que plus j'avance et plus je me sens supportée, supportée par la vie. Et pour moi, la vie, c'est pénétrant, c'est tout et c'est au coeur de chaque chose, les petites comme les grandes et elle me fait voir de plus en plus que mon prochain est et demeurera toujours le plus grand de mes enseignants. Qu'il soit simple quidam passant dans la rue que j'observe d'un café, que ce soit mon amie, ma soeur d'âme, mon enfant, mon conjoint ou celui qui se dit réalisé, à tort ou à raison, toujours j'apprends, j'apprends sur moi-même et sur ce monde, j'apprends à vivre dans un monde qui demeure un véritable défi pour moi. Et ceci, c'est une preuve pour moi, que Dieu agit en tout, parce que Dieu au final, c'est la vie.



©2018 by Réflexion sur le chemin. Proudly created with Wix.com