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L’appel



Je me sens appelée... Littéralement appelée à donner ma vie, mon être et tout ce que je suis à CELA, à ce qui est à la Source de tout, cette force d’expansion et de création, cette conscience d’amour que j’appelle Dieu, à défaut de lui trouver un nom qui corresponde mieux. J’imagine que j’expérimente un état qui se rapproche de ce que les mystiques, les religieux et les Saints ont décrit au fil de l’histoire de façon plus poétique que je le fais en ce moment, quoique ce n’est pas l’envie qui me manque d’écrire sur le sujet parfois! Ceci dit, je ne me sens pas pour autant une « odeur de sainteté » pour employer l’expression. ;-)


Mais, justement, je ne suis pas une couventine et je n’appartiens à aucune religion formelle, même si j’ai renoué les liens avec mes racines catholiques, que de me retrouver à l’église m’apporte un profond sentiment de bien-être et que je m’implique un peu dans les activités de ma paroisse. Je n’ai pas envie pour autant de me limiter à un dogme ou une tradition, car pour moi, Dieu est inclusif et ne fait pas de division. Nous habitons en lui et lui en nous et il sait nous trouver le moment venu. Que vous cheminiez au travers une religion, le chamanisme, le yoga, la Wicca ou toute autre tradition ou philosophie ne fait aucune différence pour moi, si le sens de votre quête est une recherche de connexion à votre essence profonde.


Alors, que fait-on lorsque tout notre être appel à CELA? Lorsque l’union à ce qui est plus grand amène à vouloir se mettre au service de la vie elle-même? On plaque tout pour entrer dans un ordre monastique quelconque, on quitte sa vie pour aller faire de l’aide humanitaire, on donne tout ce que l’on possède aux plus démunis ou on prend la route pour aller « prêcher » l’amour qui nous habite?


J’en suis un peu à ces questionnements en ce moment, et même si je ne sens pas encore le besoin de faire autre chose de réellement concret et qu’être dans cet état de paix et de béatitude qui me comble totalement, j’observe et j’effectue quand même certains constats. J’observe tout d’abord qu’il n’y a pas beaucoup de place pour les femmes dans les sphères plus traditionnelles de la spiritualité. Les religions formelles sont encore dominées par les hommes et la femme y joue un rôle bien secondaire. La possibilité pour la femme d’enseigner ou d’interpréter les textes sacrés n’est pas quelque chose qui est facilement accessible, quoique certaines ouvertures, toutes petites, ont débutées en ce sens. Mais ce qui me frappe le plus, c’est le fonctionnement en « silo » du monde de la spiritualité. Le métissage des genres est complètement inexistant. Pour une sphère d’activités où la plupart des gens se disent ouverts au monde et prêchent parfois un peu n’importe comment l’amour inconditionnel, force est de constater que les genres demeurent dans leur créneaux d’activités et ne se mélangent pas ou très peu.


La religion regarde le yoga avec scepticisme et/ou méfiance, l’orient regarde l’occident un peu de haut, le new âge et l’occultisme rejettent avec véhémence toutes formes de religion, on confond médiumnité et chamanisme et les enseignants spirituels écrivent leurs bouquins et vendent leurs retraites chacun de leur côté, s’unissant trop peu souvent lors d’un salon ou d’un événement qui leur permet surtout de faire leur auto-promotion. Je comprends et je vois derrière tout ceci la nécessité de gagner sa vie, mais... je ne sais pas, peut-être suis-je naïve ou à l’inverse, remplie de jugement, mais je vois une contradiction plutôt flagrante entre le message et la façon de le véhiculer.


Cela me ramène à une anecdote vécue au début de mon cheminement. Anecdote que je vous partage pour vous illustrer ce paradoxe. J’étais au tout début, dans les mois les plus chaotiques de cet éveil subi et je cherchais sur le web des ressources pouvant m’aider avec ce que je comprenais être un éveil de Kundalini mais dont je ne comprenais ni les manifestations, ni le sens profond. Je posais des questions sur des forums en ésotérisme et en occultisme et j’envoyais des courriels à des enseignants de Kundalini yoga ou des enseignants spirituels. Naturellement que mes partages et courriels étaient forts décousus et un peu incohérents par moment mais pour avoir depuis reçus des courriels ou des messages de gens vivant une situation similaire à celle que j’ai vécue, je comprends que c’est tout à fait normal. La variété et l’ampleur des manifestations qui peuvent survenir dans un éveil de ce genre peuvent être très déroutants pour qui n’est pas familier avec les processus d’éveil spirituels.


Des réponses à mes courriels, je n’en ai pas eu, ou très peu. Et je voyais bien que je n’étais pas prise au sérieux, jusqu’à ce que je rencontre une personne qui comprenne et voit tout la détresse qui accompagnait un état qui était totalement paradoxal de par sa beauté et son ampleur, une personne qui comprenne que j’avais simplement besoin d’être rassurée. Et c’est plusieurs mois plus tard, alors que je commençais à peine à pouvoir m’ouvrir un peu sur ce que je vivais auprès d’un enseignant de yoga de ma localité , que j’appris qu’une des personnes que j’avais contactées, une personne enseignant la méditation sous la tradition bouddhiste et le Kundalini yoga, avait discuté de mon « cas » avec l’enseignant de ma localité et avait conclu que j’étais victime de « montées sauvages » de Kundalini...


Il est bon au final que cette personne ne m’ait pas répondu directement pour me faire part de ses conclusions car cela ne m’aurait pas rassuré du tout et si je vous expose cette histoire ce n’est pas pour me plaindre de la situation mais vous illustrer le manque de cohérence entre l’esprit d’amour et de compassion véhiculé par la tradition enseignée par cette personne et sa façon d’agir en regard de la détresse et de l’état d’exaltation évidents qui ressortaient du courriel que je lui avais transmis. Je ne crois pas que cette personne était mal intentionnée, au contraire, mais à l’époque je me souviens d’avoir été profondément heurtée par son manque de discernement dans la situation. Cela n’aurait servi à rien de m’en plaindre à elle ni à l’enseignant de ma localité qui m’a rapporté la situation, parce qu’au final tout est bien qui finit bien, mais ce n’est pas toujours le cas pour tout le monde et je pourrais vous relater d’autres trucs du même genre entendus chez des gens que j’ai rencontrés qui ne se sont pas terminés aussi bien. J’ai même récemment vu se reproduire une situation où un enseignant spirituel, quelqu’un qui enseigne l’éveil et s’affiche comme un être réalisé, rapporte des propos et induit des situations amenant des états troublants et des remous chez son auditoire, pour les laisser par la suite seuls à eux-mêmes avec leurs débats intérieurs. Comment une personne qui dit avoir atteint l’unité peut laisser quelqu’un d’autre dans un état de désarroi dont elle est à l’origine?


Ça c’est quelque chose que je m’explique mal même si je sais pertinemment que ces choses là arrivent à bon escient et qu’au final tout est toujours parfait. Suis-je idéaliste ou naïve de croire que nous avons tous une responsabilité les uns par rapport aux autres? Que ce lien qui nous unit devrait nous inciter à être solidaires les uns des des autres, qu’il nous lie et nous attache dans l’amour, pas qu’il nous détache et nous rend un observateur neutre de la réalité de l’autre avec ce faux prétexte que le Divin sait ce qu’il fait et arrangera les choses. Je sais qu’il est véhiculé en spiritualité que la réalisation vous libère du karma et peut-être que cela a un impact chez certains éveillés, mais personnellement je n’ai eu aucune révélation et je n’ai aucune certitude en ce sens et même si oui je me sens libérée, je me sens aussi profondément unie à mon prochain et à sa souffrance. Mais, il m’en manque peut-être un bout, il y a probablement quelque chose que je n’ai pas encore saisi... Après tout, cet état est tout récent, alors qui suis-je pour juger?


Alors, tout ceci pour dire que je ne sais pas où cet « appel » qui est si fort en moi me conduira, même si j’en ai une vague idée. Ce n’est pas tant la destination qui m’est inconnue que la façon de m’y rendre et, au final, il n’est pas très important de le savoir non plus. Mais j’espère qu’il me conduira auprès de gens qui partagent ma vision et veulent œuvrer ensemble à la création d’un monde meilleur, un endroit que je vois à l’extérieur de la sphère spirituelle actuelle, parce que là comme ailleurs, il y a des hiérarchies, des maîtres et des disciples, des Guru et leurs dévots, des gens conduits par les nécessités de la vie matérielle plutôt que par le bien commun et encore beaucoup trop de gens recherchant un intérêt ou un accomplissement personnel leur empêchant de voir que le réel accomplissement c’est lorsqu’il y a partage mutuel à l’égard de toutes les facettes de ce que nous sommes, le bon comme le moins bon. C’est lorsque vous voyez l’autre devant vous s’illuminer et s’élever, que vous le voyez s’éveiller à sa propre nature et manifester celle-ci. Au final, notre petite réalisation et nos petites expériences comptent pour bien peu si elles n’entraînent pas celles des autres, si vous ne devenez pas « contagieux » dans votre amour de la vie et de votre prochain.


Oui, là où il a l’homme il y a de « l’hommerie » et nous demeurons tous humains et faillibles. Mais, lorsque l’état naturel de l’être s’installe, il y a quelque chose de plus grand que nous qui agit et se manifeste également, et pour moi, ce quelque chose c’est l’amour et la créativité. Et c’est ce qui devrait transcender de la sphère spirituelle à mon sens. Si ce n’est pas ce que vous voyez dans votre quête, si ce n’est pas ce que vous sentez dans votre cœur lorsque vous regardez la personne devant vous, quelque chose ne va pas et fiez-vous toujours à votre intuition, elle est votre meilleure alliée.


Pour le reste, soyons imaginatifs et créatifs, brisons les dogmes, éclatons les structures et créons des espaces qui nous ressemblent et je dédie ce texte aujourd’hui à toutes ces belles âmes que je rencontre depuis quelques temps qui vivent leur vie pleinement, dans leur lumière et leur unicité, dans toute leurs belles couleurs avec une authenticité de tout leur être, autant leurs zones de doutes que leur zones d’amour. Elles ne prétendent à aucune statut particulier et ne vous promettent rien, elles écoutent et accueillent dans le respect, sans jugement, sans vouloir vous vendre ou vous convaincre de quoique ce soit. Elles SONT et elles sont magnifiques. Je les regarde et c’est ce à quoi j’aspire et c’est avec elles que j’ai le goût de créer.

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